12? dimanche après la Trinité
Frères et surs, lors de notre « culte pour la paix », il y a deux semaines, nous avons prié pour les victimes du terrorisme, mais aussi pour tous ceux que le fanatisme rend aveugle et assassin. Cependant, est-il possible que de tels hommes soient touchés par le Seigneur ? La Bible nous montre-t-elle lexemple de fanatiques religieux renversés dans leur intolérance par la puissance de lEvangile ? Certainement ! De la haine à lamour, de lennemi du Christ à son apôtre, du persécuteur au témoin ! Telle est lhistoire de notre texte.
1) de faire un portrait de Saul de Tarse;
2) de réfléchir avec moi à la conversion de cet homme;
3) de voir quelles leçons nous pouvons en tirer.
1) Voici tout dabord un bref portrait de Saul de Tarse.
Etienne, le premier martyr de lEglise chrétienne, avait été exécuté sur la base de faux témoignages. La Bible nous dit que Saul avait approuvé son meurtre. Approuver, ici, ne signifie pas simplement être daccord, navoir rien à objecter, mais vouloir ce meurtre, le commanditer, lorganiser.
Saul est un nom hébraïque qui signifie «le petit». Saul était-il petit par la taille ? Il y a un domaine, en tout cas, où il ne létait pas : cest dans sa haine du Christ et des chrétiens. Saul de Tarse avait reçu lautorisation (au moins tacite) de Ponce Pilate, et les pleins pouvoirs du sanhédrin pour persécuter les disciples du Christ. Il avait approuvé le meurtre dEtienne. Le mot grec suggère même qu « il y avait pris plaisir ». Ce théologien au sang-froid, élève de Gamaliel, le plus grand théologien juif, avait pris plaisir à cette exécution, à la mort atroce de ce jeune témoin, un peu comme un skinhead à la tête brûlée jubile et jouit quand il peut «se faire» un émigré et le passer à tabac ou comme un hooligan quand il frappe à mort un agent de police.
Voilà pour le personnage. Il est animé dune telle haine quil ne recule devant rien. Tout est bon : les faux témoignages, les procès injustes, la cruauté, lacharnement des bourreaux, les cris de douleur, une mort à petit feu. Un fanatique et un homme cruel quon naimerait pas croiser sur son chemin, surtout si lon figure sur la liste de ses prochaines victimes ! Mieux vaut ne pas le rencontrer.
Mais Dieu, lui, veut le rencontrer. Cest Saul précisément quil veut prendre à son service, enrôler dans la brigade de ses apôtres. Il lui faut cet homme pour «porter son nom devant les nations, devant les rois et devant les fils dIsraël» (V. 15). Le plus grand ennemi du Christ sera son plus grand prédicateur.
2) Voyons ce que notre texte nous dit de la conversion de cet homme.
Saul a bien conduit son opération de nettoyage. Poursuites, emprisonnements et exécutions « pour délit dopinion », dirait-on aujourdhui. Ou encore « épuration religieuse ». Le travail a été fait à Jérusalem. Cest maintenant au tour de Damas. Haut commissaire pour la chasse aux chrétiens, payé avec les offrandes du temple reversées au sanhédrin, Saul prend la route avec son attaché-case rempli de mandats darrêts. Ils sont signés par les hauts dignitaires religieux qui siègent sous lautorité du grand prêtre Caïphe. Accompagné dune équipe plutôt musclée, Saul a la réputation dêtre efficace. Tant pis pour les souffrances des veuves et les pleurs des orphelins. Il faut que cette secte de chrétiens disparaisse de la Palestine avant quelle ne puisse se répandre dans le monde.
Mais alors quil se rend à Damas, le ciel se déchire et Jésus lui apparaît en plein jour. Majestueux, brillant de gloire : «Comme il était en chemin et quil approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Tremblant et saisi deffroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse? Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire» (V.3-6).
La voilà, la plus célèbre histoire de conversion de tous les temps. Les choses vont vite. Le texte ne se perd pas dans les détails. Quatre ou cinq lignes suffisent pour raconter les faits. Celui dont le cur semblait aussi dur que la pierre est converti en lespace de quelques secondes ! Il ny a pas dexplication à cela. Une conversion ne sexplique pas, car elle relève toujours du miracle et cest le propre de Dieu de faire des miracles. Il ny a rien à expliquer. Même Freud y perdrait son latin. Un homme qui est tout sauf un chrétien, un homme qui enrage dès quil entend parler du Christ tombe de son cheval quand il le rencontre et sen remet à sa volonté. Quon ne dise pas que sa conversion est un feu de paille ! Non, cet homme va se mettre en route, faire des centaines, que dis-je, des milliers de kilomètres pour annoncer le Christ en Asie Mineure et en Europe. Il sera pourchassé à son tour, roué de coups, jeté dune prison dans une autre et finalement décapité à Rome. Pour qui ? Pour Jésus quil avait si farouchement persécuté.
Une conversion instantanée, certes, mais longtemps préparée. Une conversion, en effet, a toujours une préhistoire, même si nous ne la connaissons pas. Nous voyons Saul de Tarse mordre la poussière et changer en un instant, mais nous ne savons pas ce qui sest passé dans son cur avant quil ne tombe à genoux devant le Seigneur. Je pense personnellement que bien des choses ont dû se passer au plus profond de lui-même, là où ne plonge aucun regard humain, dans les tréfonds de sa conscience, dans cette caverne secrète quest le cur de lhomme. Je pense que Dieu avait préparé longtemps à lavance cette capitulation subite et inattendue. Le Saint-Esprit avait dû trouver la brèche pour pénétrer dans le cur de Saul. Il sétait frotté les mains en voyant mourir Etienne, mais jimagine que sa conscience a dû le travailler, car il ne la pas seulement vu mourir, il la aussi entendu prier pour ses bourreaux : «Seigneur, ne leur demande pas compte de ce péché» (Actes 7:60). «Ne les punis pas pour cela ! Pardonne-leur !» Ni haine, ni insulte, ni malédiction. Rien quune prière : «Pardonne-leur». Comme Jésus sur la croix : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce quils font». Une prière pareille, ça ne soublie pas. Malgré son intégrisme, Saul devait y penser.
Hélas, cest bien connu : la meilleure façon de chasser un doute, cest de redoubler deffort pour le réduire au silence. Alors Paul a dû se faire de plus en plus fanatique. Il «respirait la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur». Et le texte de poursuivre : «Il demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, sil sy trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amène liés à Jérusalem». Après les hommes, les femmes, et pourquoi pas les enfants ? Il faut leur faire un procès, à tous ces gens, et tant pis si leur procès nest pas plus juste que celui de Jésus et dEtienne. Ils doivent mourir. Tant pis pour les formes. Cest le résultat qui compte !
Jusquà ce que Jésus lui apparaisse et lui dise :
«Saul, quest-ce que je tai fait ? Quest-ce que tu me reproches ? Pourquoi me persécutes-tu ?» Et Saul, le nez dans la poussière, de bredouiller :
«Qui es-tu » ? Jésus de Nazareth, quil croyait depuis longtemps et pour toujours enfermé dans une tombe, lui répondit : «Je suis Jésus que tu persécutes... Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire». Et lhomme qui se rendait à Damas pour en ramener captifs de nombreux chrétiens, se laisse conduire comme un petit enfant. Jusquà présent, cest lui qui décidait de ses itinéraires. Quand on sappelle Saul de Tarse, on en a les moyens. Il menait sa vie comme il lentendait. Mais il a trouvé plus fort que lui. Il a rencontré celui qui, au lendemain de sa résurrection, dit à Pierre : «Quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras et un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas» (Jean 21:18). Cest Jésus maintenant qui va lui tracer son chemin. Jusquà présent, il en faisait quà sa tête. Mais cest fini. Saul a trouvé plus fort que lui. Il a trouvé son Maître.
3) Voyons enfin quelles leçons nous pouvons tirer de la conversion de Paul.
Tout dabord une leçon sur la puissance de Dieu. Saul nétait pas un simple sceptique, un agnostique hanté par le doute, une sorte de Voltaire qui sourit quand il entend parler les chrétiens. Non ! cétait un être violent. Il «respirait la menace et le meurtre» contre les chrétiens. Il ne sest pas contenté découter, mais il sest levé et a frappé, frappé dur et fort. Il était connu pour sa violence, au point que lorsque les chrétiens entendirent parler de sa conversion, ils ne voulurent pas le croire. Même le vieil Ananias, chargé daller lui annoncer lEvangile et de le baptiser, nen croit rien. Il avait dû entendre, par le bouche à oreille, que Saul de Tarse allait venir et faire couler le sang à Damas, du sang de chrétien, du sang innocent : «Seigneur, jai appris de plusieurs personnes tous les maux que cet homme a faits à tes saints à Jérusalem» !
«Excuse, Seigneur, si je te contredis. Tu dois te tromper. Il doit y avoir erreur sur la personne. Si tu savais tout ce que ce tigre a déjà fait ! Il vient mettre la main sur nous, et toi tu veux que je lui impose les mains en ton nom ? Seigneur, je ne suis pas candidat au suicide. On ne peut pas faire confiance à un homme comme cela. Je suis sûr quil a simulé une conversion pour pouvoir mieux nous infiltrer ! Cest une grosse légume dans le KGB dIsraël ! Un homme comme ça ne se convertit jamais !»
Voilà ce quAnanias a dû dire au Christ, ou au moins penser dans son cur. Eh bien, Ananias, tu te trompes ! Même un intégriste de ce calibre se convertit quand le Christ a décidé de le convertir. Saul a trouvé plus fort que lui. Jésus, qui sait toutes choses et est loin davoir oublié ses disciples persécutés, a eu raison de son aveuglement. Frères et surs, nous sommes tous tristes de voir que lEvangile na pas plus de succès, que rares sont les personnes qui sy intéressent. Je souffre de voir que des gens que jaime, parfois dans ma famille la plus proche, se sont détournés de lEvangile du salut, ne savent plus que faire dans leur vie des belles promesses de grâce, de pardon et de salut qui nous sont faites en Jésus-Christ. Ce texte me dit que Dieu est plus fort que les hommes et quun jour il aura peut-être raison de leur résistance. Il saura se mettre sur leur chemin, leur faire mordre la poussière, briser leur cur et les reprendre par leur main. Voyez-vous, cest ce qui nous donne la force de prier pour eux et de témoigner.
Notre texte contient une leçon sur la puissance de Dieu. Une leçon aussi sur sa miséricorde. Plus tard, Paul écrivit à Timothée : «Je suis reconnaissant envers celui qui ma rendu capable de remplir cette tâche, Jésus-Christ, notre seigneur. En effet, il ma accordé sa confiance en me choisissant pour ce service, moi qui, autrefois, lai offensé, persécuté et insulté. Mais il a eu pitié de moi car jagissais par ignorance, puisque je navais pas la foi. Dans la surabondance de sa grâce, notre Seigneur a fait naître en moi la foi et lamour que lon trouve dans lunion avec Jésus-Christ». (1 Tim 1:13.16). Dieu a converti Paul parce quil laimait et quil avait pitié de son aveuglement. Vous souffrez de voir votre mari, votre femme mener leur vie sans Jésus parce quils ne le connaissent pas ou le connaissent si mal ? Mais sachez que Dieu lui aussi souffre, de la souffrance du père de la parabole qui attendait le retour du fils prodigue. Le Seigneur ne se résout pas à voir les gens passer à côté de son Evangile. Tant quils sont en vie, il va à leur recherche. Il veut les trouver et les ramener sur ses épaules, car il les aime eux aussi dun amour éternel.
Le récit de la conversion de Saul est une leçon sur la puissance de Dieu. Une leçon sur sa miséricorde. Et aussi une leçon sur son omniscience. Le Seigneur sait toutes choses. Il connaissait Saul. Il le savait sur le chemin de Damas. Il connaissait aussi Ananias par son nom. Il savait où il habitait, à Damas. Il lui dit : «Va dans la rue quon appelle La Droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie et il a vu en vision un homme du nom dAnanias qui lui imposait les mains». Oui, Jésus savait que Paul avait eu une vision et quil priait. Jésus sait tout. Il est au ciel. Il voit tout et sait tout. Il entend nos prières. Même quand les chrétiens persécutés ou tout simplement affligés le croient trop loin deux pour les entendre. Frère et sur en Christ, il sait qui tu es, où tu habites, doù tu viens, ce que tu fais. Il sait aussi quand tu pries. On na pas le droit de dire quil est trop grand pour soccuper dun être humain. La Bible nous dit le contraire : la grandeur de Dieu consiste en ce quil a les yeux sur le plus petit parmi les hommes. Partout où un homme ou une femme prie, et quand ce serait dans lobscurité dune cellule ou dans la chambre aseptisée dun hôpital, entouré de flacons et de tubes, Dieu le voit. Dieu te voit, dans ta maison, à ton travail. Il sait quand tu te lèves. Il sait quand tu te couches. Il te connaît. Il te voit prier. Il entend ce que tu lui dis. Il taime et il ne toublie pas.
«Voici, il prie». Cest le signe extérieur de la foi. Quand on prie, cest parce quon croit. Cest comme lorsquun enfant vient au monde : la première chose quil fait, cest pousser un cri. Il montre ainsi quil respire, donc quil vit. Quand un homme parvient à la foi, quil renaît en se convertissant, il a besoin de parler, de montrer quil est ressuscité pour une vie nouvelle. Il lui faut parler à Dieu. Cest la preuve quil est devenu son enfant.
Tout de même ! Lactualité ne nous montre-t-elle pas chaque jour les images dexaltés en prières, les « fous dAllah », comme dit la presse, une main sur le Coran et lautre sur la crosse dun fusil mitrailleur ? Nous voyons, en effet, beaucoup de gens en prière ces temps-ci, mais nos yeux sarrêtent à lapparence des choses. Dieu, seul, sonde les curs. Or, cest Jésus qui dit ici : «Voici, il prie». Alors Ananias na plus de raison de se méfier. Si Dieu agrée la prière de Saul, cest quelle sexprime au nom du Seigneur Jésus. Quiconque se trouve « dans lunion avec Jésus-Christ »1 ne tend pas de piège à son prochain, ne veut de mal à personne et ne tue pas. Pas besoin davoir peur dun homme qui prie, parce que le Seigneur a changé son cur. Dis-moi si tu pries ou non, et je te dirai quelle place Jésus a dans ta vie. Un homme qui persécutait les chrétiens, dont Ananias a pu dire : «Jai appris tous les maux que cet homme a faits à Jérusalem. Il a des pouvoirs de la part des principaux sacrificateurs pour lier tous ceux qui invoquent ton nom», un homme qui insultait le Christ est maintenant de ceux qui invoquent son nom. Il maudissait, et maintenant il bénit. Il hurlait de rage, et voici, il prie. Si tu vois quelquun prier Dieu et invoquer le nom de Jésus, sache-le : tu as devant toi un enfant de Dieu, un disciple du Christ.
Il se peut que la foi de ce chrétien soit faible. Il se peut quil soit encore prisonnier de bien des erreurs, mais sache-le : sil prie Dieu et invoque Jésus, il est ton frère ou ta sur dans la foi. Naie pas peur de lui, ne le juge pas, accueille-le et aime-le.
Personne nest tombé si bas que le Seigneur ne veuille le relever, laccueillir et le sauver. Il sait tout et peut conquérir le cur le plus rebelle. Il la montré sur le chemin de Damas.
Voilà qui devrait nous consoler quand nous pensons à un mari, une épouse, un enfant, un frère, une sur, tout être qui nous est cher et qui a toujours rejeté le Christ, ou qui la connu, aimé et adoré et qui sest détourné de lui. Qui sait si le Christ ne lui réserve pas un chemin de Damas ? Aussi longtemps que cet être aimé est en vie, il y a de lespoir, car Dieu lui aussi est en vie. Le Seigneur le voit du haut du ciel. Cest lui qui convertit les hommes et pas nous, et il sait briser les curs les plus rebelles. Demandons-le lui, et laissons-le agir. Aucun homme na jamais pu en convertir un autre. Dieu seul sait convertir des hommes. Mais les hommes, eux, ont besoin de notre témoignage et de nos prières. De notre témoignage, car «la foi vient de ce quon entend, et ce quon entend vient de la parole du Christ». De nos prières, car il est des prières auxquelles le Seigneur ne peut pas rester insensible. Celles, notamment, où nous prions pour le salut dun homme, fût-il le pire des pécheurs, car Dieu veut les sauver tous. Il la dit, et sa Parole est la vérité.
Amen.
1 1 Timothée 1 : 14